Comment lire un sondage présidentiel sans se faire avoir
Avant chaque présidentielle, les sondages saturent les recherches et les conversations. Ce site n'en publiera jamais : ce n'est pas son métier, et les chiffres du jour sont périmés le lendemain. En revanche, savoir lire un sondage, connaître ses règles, ses marges et ses précédents, c'est une compétence civique qui sert jusqu'au jour du vote. La voici, textes à l'appui.
Ce que la loi impose à chaque sondage publié
Depuis la loi du 19 juillet 1977, un sondage électoral publié en France doit obligatoirement être accompagné de ses papiers d'identité : le nom de l'organisme qui l'a réalisé, le nom et la qualité du commanditaire et de l'acheteur, le nombre de personnes interrogées, les dates de l'interrogation, le texte des questions posées, la mention que tout sondage est affecté de marges d'erreur avec l'indication de ces marges, et le droit de consulter la notice complète auprès de la Commission des sondages. Un chiffre de sondage cité sans ces mentions, dans un titre ou sur un réseau social, est un chiffre amputé de son mode d'emploi.
La même loi interdit la publication, la diffusion et le commentaire de tout sondage électoral à partir du samedi zéro heure précédant chaque tour de scrutin, et jusqu'à la fermeture du dernier bureau de vote en métropole.
Source : loi n° 77-808 du 19 juillet 1977, sur Légifrance
La marge d'erreur, l'information que tout le monde saute
Un sondage n'est pas une mesure, c'est une estimation à partir d'un échantillon, et l'écart possible se calcule. Pour 1 000 personnes interrogées, au niveau de confiance usuel de 95 %, un candidat mesuré à 10 % se situe en réalité entre 8,2 et 11,8 (plus ou moins 1,8 point) ; à 20 %, entre 17,5 et 22,5 (plus ou moins 2,5 points) ; à 50 %, entre 46,9 et 53,1 (plus ou moins 3,1 points). La marge est maximale autour de 50 % et se resserre pour les petits scores ; elle se réduit quand l'échantillon grossit, mais lentement, comme l'inverse de la racine carrée de sa taille.
Conséquence pratique : deux candidats séparés de deux points dans un sondage à 1 000 personnes sont statistiquement indiscernables. Et les sous-catégories commentées avec assurance (les jeunes, les ouvriers, les électeurs de telle région) reposent sur des sous-échantillons de quelques dizaines ou centaines de personnes, aux marges bien plus larges encore.
Sources : Public Sénat, comment fonctionne la marge d'erreur ; INSEE, il y a sondage et sondage
La méthode des quotas, et sa limite
Les instituts français travaillent presque tous par quotas : on construit un échantillon qui reproduit la population par sexe, âge et catégorie socioprofessionnelle, puis on interroge. C'est rapide et peu coûteux, mais la sélection des personnes comporte une part subjective, contrairement au sondage aléatoire où chaque individu a une probabilité connue d'être tiré. La limite est documentée par la statistique publique elle-même : le biais éventuel d'un sondage par quotas ne se réduit pas quand on grossit l'échantillon, et l'INSEE, pour ses propres enquêtes, préfère les méthodes probabilistes. Un sondage par quotas peut être bien fait ; il reste un exercice d'estimation, pas un recensement miniature.
Source : INSEE, Courrier des statistiques, peut-on se fier aux sondages empiriques ?
Une intention n'est pas une prédiction : deux précédents
L'histoire électorale française fournit les garde-fous. Été 1994 : Édouard Balladur domine toutes les enquêtes en vue de la présidentielle, 51 % des Français lui font confiance comme président contre 36 % à Jacques Chirac ; au premier tour du 23 avril 1995, Balladur est éliminé avec 18,58 % des voix, derrière Chirac (20,84 %), qui sera élu au second tour. Avril 2002 : les derniers sondages placent Jacques Chirac et Lionel Jospin en tête, entre 18 et 19 %, devant Jean-Marie Le Pen, crédité de 12,5 à 14 % ; au soir du 21 avril, Le Pen se qualifie pour le second tour et Jospin est éliminé. Un sondage photographie un instant, avec du flou ; il ne filme pas le scrutin, surtout à des mois de distance, quand une partie des électeurs n'a ni choisi ni décidé d'aller voter.
Sources : LCP, l'été 1994 où la France voyait Balladur président ; INA, le 21 avril 2002
Le réflexe à prendre avant 2027
Quatre questions à poser à chaque sondage qui passera dans votre fil d'ici l'élection : qui l'a commandé ? Combien de personnes interrogées, et quand ? Où est la marge d'erreur, et l'écart commenté est-il plus grand qu'elle ? Et que mesure-t-on au juste, une intention ferme ou une humeur du moment ? La Commission des sondages, créée par la loi de 1977, contrôle chaque enquête publiée et publie des mises au point quand un sondage ou son commentaire déraille : son site est public, et y faire un tour est plus instructif que bien des débats.
Ce site tiendra sa ligne jusqu'au bout : pas de chiffres du jour, pas de courses hippiques, mais les règles du jeu, les textes et les précédents, pour que chacun lise les sondages en sachant ce qu'ils disent et ce qu'ils ne peuvent pas dire.
Source : Commission des sondages, site officiel
Questions fréquentes
Quelles mentions un sondage publié doit-il obligatoirement comporter ?
Depuis la loi du 19 juillet 1977 : l'organisme qui l'a réalisé, le commanditaire et l'acheteur, le nombre de personnes interrogées, les dates d'interrogation, le texte des questions, la mention des marges d'erreur avec leur indication, et le droit de consulter la notice auprès de la Commission des sondages.
Quelle est la marge d'erreur d'un sondage de 1 000 personnes ?
Au niveau de confiance de 95 %, elle atteint plus ou moins 3,1 points pour un score autour de 50 %, et se resserre pour les petits scores : plus ou moins 1,8 point pour un candidat mesuré à 10 %. Deux candidats séparés de deux points sont donc statistiquement indiscernables.
Peut-on publier des sondages juste avant l'élection ?
Non : la loi de 1977 interdit toute publication, diffusion ou commentaire de sondage électoral à partir du samedi zéro heure précédant chaque tour, et jusqu'à la fermeture du dernier bureau de vote en métropole.
Les sondages prédisent-ils le résultat de la présidentielle ?
Non, ils mesurent des intentions à un instant donné, avec une marge d'erreur. Les précédents le rappellent : Édouard Balladur, archi-favori des enquêtes à l'été 1994, a été éliminé au premier tour en 1995 ; Lionel Jospin, donné qualifié par les derniers sondages, a été éliminé le 21 avril 2002.
Lire un sondage, une loi ou une promesse sans se faire avoir : c'est le même muscle, et la série ABSTENTIONNISTE est sa salle d'entraînement, sources à l'appui.