ABSTENTIONNISTE

Et si les abstentionnistes avaient toutes les raisons d'avoir raison ?

Les promesses du quinquennat 2017-2022 et ce qui s'est passé

Le premier quinquennat d'Emmanuel Macron, promesse par promesse. Chaque engagement est cité mot pour mot depuis une source officielle datée, le plus souvent les transcriptions de l'Élysée elles-mêmes. Chaque acte est sourcé : loi, décret, dossier législatif, décompte officiel. Aucun commentaire, aucun verdict : la promesse, l'acte, et vous jugez.

Les autres campagnes : 2022 (Emmanuel Macron) · 2012 (François Hollande) · 2007 (Nicolas Sarkozy).

Retraites

La promesse

Le 25 avril 2019, lors de la conférence de presse concluant le grand débat national, Emmanuel Macron exclut de repousser l'âge légal de départ à la retraite : Je me suis engagé à ne pas le faire, et : Tant qu'on n'a pas réglé le problème du chômage dans notre pays, franchement, ce serait assez hypocrite.

Source : Public Sénat, conférence de presse du grand débat, 25 avril 2019

Ce qui s'est passé

L'article 10 de la loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 relève l'âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans, avec un relèvement progressif pour les générations nées à partir de 1961.

Source : Loi n° 2023-270 du 14 avril 2023, JORF du 15 avril 2023

Exemplarité des ministres

La promesse

Le 2 mars 2017, le candidat Emmanuel Macron déclare au 20 heures de France 2, en pleine affaire Fillon : un ministre doit quitter le gouvernement lorsqu'il est mis en examen.

Source : INA, déclaration d'Emmanuel Macron, mars 2017

Ce qui s'est passé

Le 16 juillet 2021, le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti est mis en examen pour prise illégale d'intérêts et maintenu en fonction, le Premier ministre lui renouvelant sa confiance le jour même. Jugé par la Cour de justice de la République en novembre 2023, une première pour un garde des Sceaux en exercice, il est relaxé le 29 novembre 2023 et reste au gouvernement pendant toute la procédure.

Source : Public Sénat, procès devant la Cour de justice de la République, novembre 2023

Sans-abri

La promesse

Le 27 juillet 2017 à Orléans, Emmanuel Macron déclare : Je ne veux plus, d'ici la fin de l'année, avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ou perdus.

Source : Élysée, discours à la cérémonie de naturalisation, préfecture du Loiret, 27 juillet 2017

Ce qui s'est passé

Plus de sept ans après, la Nuit de la Solidarité organisée par la Ville de Paris décompte 3 507 personnes sans solution d'hébergement dans la nuit du 23 au 24 janvier 2025, après 3 492 en 2024, un nombre reparti à la hausse depuis 2023. Ce décompte ne couvre que Paris intra-muros.

Source : Ville de Paris, Nuit de la Solidarité 2025

Convention citoyenne pour le climat

La promesse

Le 25 avril 2019, Emmanuel Macron s'engage sur les travaux de la future Convention citoyenne pour le climat : Ce qui sortira de cette convention, je m'y engage, sera soumis sans filtre soit au vote du parlement, soit à référendum, soit à application réglementaire directe.

Source : Élysée, conférence de presse du grand débat national, 25 avril 2019

Ce qui s'est passé

Dès sa réponse aux 150 citoyens, le 29 juin 2020, Emmanuel Macron écarte lui-même trois propositions (taxe sur les dividendes, 110 km/h sur autoroute, réécriture du préambule de la Constitution). La loi Climat et résilience du 22 août 2021 ne reprend ensuite qu'une partie des autres propositions, souvent modifiées ou affaiblies.

Source : Élysée, réponse aux 150 citoyens de la Convention, 29 juin 2020

Proportionnelle

La promesse

Le 3 juillet 2017, devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles, Emmanuel Macron déclare : Je proposerai ainsi que le Parlement soit élu avec une dose de proportionnelle, pour que toutes les sensibilités y soient justement représentées.

Source : Élysée, discours devant le Congrès, 3 juillet 2017

Ce qui s'est passé

Aucune réforme du mode de scrutin n'a été adoptée depuis. L'article L123 du code électoral, inchangé depuis 1986, dispose toujours : Les députés sont élus au scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Les législatives de 2022 et de 2024 se sont tenues sans aucune dose de proportionnelle.

Source : Code électoral, article L123, sur Légifrance

Réduction du nombre de parlementaires

La promesse

Le 3 juillet 2017, devant le Congrès, Emmanuel Macron annonce : C'est pourquoi je proposerai une réduction d'un tiers du nombre des membres des trois assemblées constitutionnelles.

Source : Élysée, discours devant le Congrès, 3 juillet 2017

Ce qui s'est passé

Le projet de loi constitutionnelle déposé le 9 mai 2018, qui prévoyait de passer de 577 à 404 députés, n'a jamais été adopté : le dossier législatif officiel indique qu'il a été retiré par son auteur le 29 août 2019. L'Assemblée nationale compte toujours 577 députés.

Source : Assemblée nationale, dossier législatif Démocratie plus représentative, responsable et efficace

Centrales à charbon

La promesse

Le 27 novembre 2018, dans son discours sur la stratégie énergétique, Emmanuel Macron déclare : C'est en ce sens que nous avons décidé de fermer l'ensemble des centrales à charbon d'ici 2022.

Source : Élysée, discours Transition énergétique, 27 novembre 2018

Ce qui s'est passé

Le décret n° 2022-1233 du 14 septembre 2022 relève temporairement le plafond d'émissions des centrales à combustibles fossiles pour permettre aux deux dernières centrales à charbon, Cordemais et Saint-Avold, de fonctionner au delà de 2022. La tranche 6 de Saint-Avold, arrêtée en mars 2022, a redémarré à l'hiver 2022-2023.

Source : Décret n° 2022-1233 du 14 septembre 2022, JORF, sur Légifrance

Nucléaire

La promesse

Le 27 novembre 2018, Emmanuel Macron annonce : Concrètement, 14 réacteurs de 900 mégawatts seront arrêtés d'ici à 2035. Ce mouvement commencera avant l'été 2020, avec l'arrêt définitif des 2 réacteurs de Fessenheim. La centrale de Fessenheim est effectivement fermée en 2020.

Source : Élysée, discours Transition énergétique, 27 novembre 2018

Ce qui s'est passé

Le 10 février 2022 à Belfort, Emmanuel Macron annonce l'inverse de la trajectoire de 2018 : Je souhaite que six EPR2 soient construits et que nous lancions les études sur la construction de 8 EPR2 additionnels. La relance du nucléaire intervient deux ans après la fermeture de Fessenheim.

Source : Élysée, discours de Belfort, 10 février 2022

Taxe d'habitation, promesse tenue et charge déplacée

La promesse

L'engagement de campagne de 2017 d'exonérer 80 % des Français de la taxe d'habitation est attesté par le rapport général du Sénat sur le budget 2018 : L'article 3 du présent projet de loi de finances met en oeuvre l'engagement du Président de la République, pris au cours de la campagne électorale du printemps dernier, d'exonérer 80 % des Français de la taxe d'habitation.

Source : Sénat, rapport général n° 108 (2017-2018), annexe Remboursements et dégrèvements, 23 novembre 2017

Ce qui s'est passé

Promesse tenue, puis étendue à tous : la taxe d'habitation sur les résidences principales est supprimée par les lois de finances pour 2018 et pour 2020, totalement à partir de 2023. Mais la charge et le pouvoir se sont déplacés : la Cour des comptes documente la déterritorialisation de l'impôt local (les impôts territorialisés ne représentent plus que 20,1 % des recettes de fonctionnement des départements) et relève la perception des élus locaux d'une perte de maîtrise de leurs ressources. Dans le même temps, les bases de la taxe foncière, indexées sur l'inflation par l'article 1518 bis du code général des impôts, ont été revalorisées de 3,4 % en 2022, 7,1 % en 2023 et 3,9 % en 2024.

Source : Cour des comptes, L'évolution de la répartition des impôts locaux et la déterritorialisation de l'impôt, 15 janvier 2025

Glyphosate

La promesse

Le 27 novembre 2017, Emmanuel Macron annonce avoir demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l'utilisation du glyphosate soit interdite en France au plus tard dans trois ans, soit fin 2020.

Source : INA, l'annonce de 2017 sur l'interdiction du glyphosate

Ce qui s'est passé

À l'échéance, l'interdiction n'est pas intervenue et le glyphosate reste autorisé. Le 13 novembre 2020, la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili le reconnaît : Nous n'avons pas avancé assez vite. Emmanuel Macron avait lui-même renoncé publiquement dès janvier 2019, jugeant une sortie totale en trois ans impossible.

Source : Public Sénat, 13 novembre 2020

Analyse

Que faut-il en conclure ?

Tout ce qui précède est factuel : la promesse, l'acte, les sources. Ce qui suit est une analyse, et elle n'engage que l'auteur de la série.

Premier constat : les promesses tenues existent. La suppression de la redevance télé, la défiscalisation des heures supplémentaires, le non-cumul des mandats. À regarder de près, ce sont presque toujours des promesses indolores pour le pouvoir : des baisses d'impôts visibles, des dépenses, des mesures qui ne coûtent rien à l'exécutif.

Et même tenues, certaines promesses méritent qu'on suive l'argent et le pouvoir. La taxe d'habitation a bien été supprimée ; mais l'impôt local s'est déterritorialisé, la Cour des comptes relève la perception des élus locaux d'une perte de maîtrise de leurs ressources, et les bases de la taxe foncière ont été revalorisées de 7,1 % en 2023. La redevance télé a bien disparu ; l'audiovisuel public est désormais financé par une fraction de TVA arbitrée chaque année par l'État, un financement que les sociétés concernées jugent moins protecteur de leur indépendance, selon le Sénat. Le vase est communicant : ce que la promesse rend d'une main, le système le reprend souvent de l'autre, en concentrant un peu plus le pouvoir au centre.

Deuxième constat : sous trois présidents de trois couleurs politiques différentes, les promesses rompues ont une nature commune. La proportionnelle, les référendums, la reprise sans filtre des propositions citoyennes, l'exemplarité des ministres, l'association des citoyens aux grandes décisions : toutes les promesses qui impliquaient de partager le pouvoir ont été rompues. Aucune rupture, jamais, n'est allée dans l'autre sens : personne n'a rompu une promesse en donnant aux citoyens plus de pouvoir que prévu.

Troisième constat : certaines ruptures peuvent se défendre sur le fond. Rouvrir une centrale à charbon pendant une crise énergétique, renoncer à interdire un herbicide sans alternative, ajuster une trajectoire nucléaire : gouverner, c'est s'adapter au réel. Mais dans chacun de ces cas, l'ajustement s'est fait par décret, par 49.3 ou par renoncement en conférence de presse. Jamais en redemandant mandat. Aucun référendum national n'a été organisé en France depuis 2005. La promesse engage le candidat ; la rupture, elle, n'engage personne.

C'est cette asymétrie, plus que les mensonges eux-mêmes, que la série ABSTENTIONNISTE documente, livre après livre.

Florent Sommeyre

Cette mise en regard est la méthode même de la série ABSTENTIONNISTE. Découvrir les livres ou consulter toutes les sources de la série.

Les autres campagnes : 2022 (Emmanuel Macron) · 2012 (François Hollande) · 2007 (Nicolas Sarkozy).