ABSTENTIONNISTE

Et si les abstentionnistes avaient toutes les raisons d'avoir raison ?

Les promesses de 2022 et ce qui s'est passé

Avant d'écouter les promesses de 2027, voici celles de 2022. Chaque promesse est citée depuis un document de campagne officiel et daté, en premier lieu la profession de foi déposée auprès de la Commission nationale de contrôle de la campagne électorale. Chaque acte est sourcé : loi, décret, scrutin, décision du Conseil constitutionnel, chiffres INSEE. Aucun commentaire, aucun verdict : la promesse, l'acte, et vous jugez. Cette page sera tenue à jour jusqu'à l'élection de 2027.

Les autres campagnes : 2017 (Emmanuel Macron) · 2012 (François Hollande) · 2007 (Nicolas Sarkozy).

Retraites

La promesse

La profession de foi officielle du candidat Emmanuel Macron (premier tour, avril 2022) annonce : Le financement de nos retraites par répartition sera pérennisé grâce au recul progressif à 65 ans de l'âge légal de départ à la retraite et à la juste prise en compte des incapacités, des carrières longues ou pénibles. Le document liste aussi : Report de l'âge légal de départ à la retraite à 65 ans.

Source : Profession de foi officielle d'Emmanuel Macron, élection présidentielle des 10 et 24 avril 2022 (CNCCEP)

Ce qui s'est passé

La loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 de financement rectificative de la sécurité sociale pour 2023 porte l'âge légal de départ de 62 à 64 ans (article 10). Elle est promulguée le jour même de la décision n° 2023-849 DC du Conseil constitutionnel qui valide le report à 64 ans tout en censurant six dispositions.

Source : Loi n° 2023-270 du 14 avril 2023, JORF n° 0089 du 15 avril 2023

Méthode démocratique

La promesse

La profession de foi officielle d'avril 2022 s'engage : C'est pourquoi vous serez associés à chaque grande décision.

Source : Profession de foi officielle d'Emmanuel Macron, avril 2022 (CNCCEP)

Ce qui s'est passé

La réforme des retraites est considérée comme adoptée sans vote de l'Assemblée nationale après l'engagement de responsabilité du gouvernement au titre de l'article 49 alinéa 3 le 16 mars 2023. La motion de censure est rejetée le 20 mars 2023 avec 278 voix pour, à neuf voix de la majorité requise (scrutin public n° 1240).

Source : Assemblée nationale, scrutin public n° 1240 du 20 mars 2023

Plein emploi

La promesse

Lors de la présentation de son programme le 17 mars 2022 à Aubervilliers, Emmanuel Macron fixe l'objectif, qu'il qualifie d'atteignable, du plein emploi d'ici 2027, avec la transformation de Pôle emploi en France Travail et la réforme de l'assurance chômage.

Source : Radio France (ici / France Bleu), 17 mars 2022

Ce qui s'est passé

Au quatrième trimestre 2025, le taux de chômage au sens du BIT s'établit à 7,9 % de la population active, en hausse de 0,2 point sur le trimestre et de 0,6 point sur un an, son plus haut niveau depuis le troisième trimestre 2021.

Source : INSEE, Informations rapides n° 34, 10 février 2026

Dette et finances publiques

La promesse

Le chiffrage du programme présenté le 17 mars 2022 prévoit de rembourser la dette à partir de 2026 et de repasser sous le seuil des 3 % de déficit en 2027. Emmanuel Macron déclare vouloir à la fois financer ses mesures et garder nos ancres de finances publiques.

Source : Public Sénat, 28 mars 2022

Ce qui s'est passé

En 2025, le déficit public s'élève à 5,1 % du PIB (152,5 milliards d'euros), après 5,8 % en 2024, et la dette publique atteint 115,6 % du PIB fin 2025 (3 460,5 milliards d'euros), contre 112,6 % fin 2024.

Source : INSEE, Informations rapides n° 78, 27 mars 2026

Écologie

La promesse

La profession de foi officielle d'avril 2022 promet : nous continuerons d'investir pour être le premier grand pays à sortir du pétrole, du gaz, du charbon, ainsi que la rénovation de 700 000 logements chaque année.

Source : Profession de foi officielle d'Emmanuel Macron, avril 2022 (CNCCEP)

Ce qui s'est passé

Le décret n° 2024-124 du 21 février 2024 annule 10 milliards d'euros d'autorisations d'engagement sur le budget 2024, dont 2,2 milliards d'euros de crédits de paiement sur la seule mission Écologie, développement et mobilité durables, la mission la plus touchée.

Source : Décret n° 2024-124 du 21 février 2024, JORF du 22 février 2024

Santé et grand âge

La promesse

La profession de foi officielle d'avril 2022 promet d'améliorer la vie en maison de retraite par le recrutement de 50 000 infirmiers et aides-soignants en plus, ainsi que la priorité à la lutte contre les déserts médicaux.

Source : Profession de foi officielle d'Emmanuel Macron, avril 2022 (CNCCEP)

Ce qui s'est passé

Le rapport d'information du Sénat n° 778 (2023-2024) sur la situation des EHPAD, déposé le 25 septembre 2024, indique que la trajectoire retenue en loi de financement de la sécurité sociale est de 50 000 recrutements en EHPAD d'ici 2030, et non d'ici la fin du quinquennat, dans un contexte où 61 % des EHPAD déclaraient des difficultés de recrutement.

Source : Sénat, rapport d'information n° 778 (2023-2024), 25 septembre 2024

Justice et sécurité

La promesse

La profession de foi officielle d'avril 2022 promet d'achever le doublement de la présence des forces de l'ordre sur la voie publique et de recruter 8 500 magistrats et personnels de justice en plus d'ici 2027.

Source : Profession de foi officielle d'Emmanuel Macron, avril 2022 (CNCCEP)

Ce qui s'est passé

La loi n° 2023-1059 du 20 novembre 2023 d'orientation et de programmation du ministère de la justice 2023-2027 fixe les créations nettes d'emplois du ministère à 10 000 équivalents temps plein d'ici à 2027, dont 1 500 magistrats et 1 800 greffiers supplémentaires, avec des crédits passant de 9,58 milliards d'euros en 2023 à 10,75 milliards en 2027.

Source : Loi n° 2023-1059 du 20 novembre 2023, JORF du 21 novembre 2023

Immigration

La promesse

La profession de foi officielle d'avril 2022 promet : Nous maîtriserons mieux nos frontières et conditionnerons l'obtention des titres de séjour long à la maîtrise de notre langue et la connaissance de notre culture, ainsi qu'une nouvelle force des frontières.

Source : Profession de foi officielle d'Emmanuel Macron, avril 2022 (CNCCEP)

Ce qui s'est passé

La loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration est promulguée après la décision n° 2023-863 DC du 25 janvier 2024 du Conseil constitutionnel, qui déclare contraires à la Constitution, en tout ou partie, une trentaine d'articles du texte voté, pour l'essentiel comme cavaliers législatifs sans lien avec le projet de loi initial.

Source : Conseil constitutionnel, décision n° 2023-863 DC du 25 janvier 2024

Réforme des institutions

La promesse

Lors de la présentation du programme le 17 mars 2022, la réforme institutionnelle abandonnée en 2019 est annoncée comme relancée : elle sera remise au goût du jour et confiée à une commission transpartisane.

Source : Public Sénat, 17 mars 2022

Ce qui s'est passé

Aucune révision constitutionnelle issue de cette démarche n'a été promulguée. Le 9 juin 2024, Emmanuel Macron dissout l'Assemblée nationale par décret pris sur le fondement de l'article 12 de la Constitution, provoquant des élections législatives anticipées.

Source : Décret du 9 juin 2024 portant dissolution de l'Assemblée nationale, JORF n° 0134 du 10 juin 2024

Stabilité gouvernementale

La promesse

La profession de foi officielle d'avril 2022 conclut : Parce que la France n'est jamais aussi forte que lorsqu'elle est unie, je présiderai pour nous tous, le candidat demandant la confiance des électeurs pour diriger la Nation dans les cinq prochaines années.

Source : Profession de foi officielle d'Emmanuel Macron, avril 2022 (CNCCEP)

Ce qui s'est passé

Le 4 décembre 2024, l'Assemblée nationale adopte par 331 voix la motion de censure contre le gouvernement de Michel Barnier (scrutin public n° 519), première censure aboutie depuis 1962. Le 8 septembre 2025, elle refuse la confiance au gouvernement de François Bayrou par 364 voix contre 194 (scrutin public n° 3054).

Source : Assemblée nationale, scrutins publics n° 519 (4 décembre 2024) et n° 3054 (8 septembre 2025)

Pouvoir d'achat et redevance télé

La promesse

La profession de foi officielle d'avril 2022 promet : Les impôts continueront de baisser, avec la suppression de la redevance télé.

Source : Profession de foi officielle d'Emmanuel Macron, avril 2022 (CNCCEP)

Ce qui s'est passé

L'article 6 de la loi n° 2022-1157 du 16 août 2022 de finances rectificative pour 2022 supprime la contribution à l'audiovisuel public, promesse mise en oeuvre dès l'été 2022. Le même article remplace ce financement par une fraction de TVA déterminée chaque année par la loi de finances : un rapport du Sénat d'octobre 2024 relève que les sociétés de l'audiovisuel public perçoivent ce mode de financement comme moins protecteur de leur indépendance.

Source : Loi n° 2022-1157 du 16 août 2022, article 6 ; Sénat, rapport n° 40 (2024-2025) sur le financement de l'audiovisuel public

Analyse

Que faut-il en conclure ?

Tout ce qui précède est factuel : la promesse, l'acte, les sources. Ce qui suit est une analyse, et elle n'engage que l'auteur de la série.

Premier constat : les promesses tenues existent. La suppression de la redevance télé, la défiscalisation des heures supplémentaires, le non-cumul des mandats. À regarder de près, ce sont presque toujours des promesses indolores pour le pouvoir : des baisses d'impôts visibles, des dépenses, des mesures qui ne coûtent rien à l'exécutif.

Et même tenues, certaines promesses méritent qu'on suive l'argent et le pouvoir. La taxe d'habitation a bien été supprimée ; mais l'impôt local s'est déterritorialisé, la Cour des comptes relève la perception des élus locaux d'une perte de maîtrise de leurs ressources, et les bases de la taxe foncière ont été revalorisées de 7,1 % en 2023. La redevance télé a bien disparu ; l'audiovisuel public est désormais financé par une fraction de TVA arbitrée chaque année par l'État, un financement que les sociétés concernées jugent moins protecteur de leur indépendance, selon le Sénat. Le vase est communicant : ce que la promesse rend d'une main, le système le reprend souvent de l'autre, en concentrant un peu plus le pouvoir au centre.

Deuxième constat : sous trois présidents de trois couleurs politiques différentes, les promesses rompues ont une nature commune. La proportionnelle, les référendums, la reprise sans filtre des propositions citoyennes, l'exemplarité des ministres, l'association des citoyens aux grandes décisions : toutes les promesses qui impliquaient de partager le pouvoir ont été rompues. Aucune rupture, jamais, n'est allée dans l'autre sens : personne n'a rompu une promesse en donnant aux citoyens plus de pouvoir que prévu.

Troisième constat : certaines ruptures peuvent se défendre sur le fond. Rouvrir une centrale à charbon pendant une crise énergétique, renoncer à interdire un herbicide sans alternative, ajuster une trajectoire nucléaire : gouverner, c'est s'adapter au réel. Mais dans chacun de ces cas, l'ajustement s'est fait par décret, par 49.3 ou par renoncement en conférence de presse. Jamais en redemandant mandat. Aucun référendum national n'a été organisé en France depuis 2005. La promesse engage le candidat ; la rupture, elle, n'engage personne.

C'est cette asymétrie, plus que les mensonges eux-mêmes, que la série ABSTENTIONNISTE documente, livre après livre.

Florent Sommeyre

Cette mise en regard est la méthode même de la série ABSTENTIONNISTE. Découvrir les livres ou consulter toutes les sources de la série.

Les autres campagnes : 2017 (Emmanuel Macron) · 2012 (François Hollande) · 2007 (Nicolas Sarkozy).