ABSTENTIONNISTE

Et si les abstentionnistes avaient toutes les raisons d'avoir raison ?

Les promesses de 2007 et ce qui s'est passé

Les engagements de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy, face aux actes du quinquennat. Chaque promesse est citée depuis une source datée, chaque acte est sourcé : loi, chiffres INSEE, décision de justice. Aucun commentaire, aucun verdict : la promesse, l'acte, et vous jugez.

Les autres campagnes : 2022 (Emmanuel Macron) · 2017 (Emmanuel Macron) · 2012 (François Hollande).

Retraite à 60 ans

La promesse

Le 23 janvier 2007, dans une interview au Monde, le candidat Nicolas Sarkozy déclare : Le droit à la retraite à 60 ans doit demeurer, de même que les 35 heures continueront d'être la durée hebdomadaire légale du travail. Le 27 mai 2008 sur RTL, il rejette encore l'idée de relever l'âge légal : Ce n'est pas un engagement que j'ai pris devant les Français, je n'ai donc pas de mandat pour faire cela.

Source : France Info, 28 mai 2010 (archive web.archive.org)

Ce qui s'est passé

La loi n° 2010-1330 du 9 novembre 2010 portant réforme des retraites relève l'âge légal de départ : L'âge d'ouverture du droit à une pension de retraite est fixé à soixante-deux ans pour les assurés nés à compter du 1er janvier 1956.

Source : Loi n° 2010-1330 du 9 novembre 2010, sur Légifrance

Plein emploi

La promesse

Lors du débat télévisé d'entre deux tours du 2 mai 2007 face à Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy déclare : Je me suis engagé sur le plein emploi. J'ai dit aux Français que, au bout de cinq ans, on sera à 5 %.

Source : Vie publique, transcription officielle du débat du 2 mai 2007

Ce qui s'est passé

Au premier trimestre 2012, dernier trimestre plein du quinquennat, le taux de chômage au sens du BIT atteint 9,6 % de la population active en métropole et 10 % avec les outre-mer, soit environ le double de l'objectif annoncé. L'INSEE titre alors : Nouvelle hausse du taux de chômage au premier trimestre 2012.

Source : INSEE, Informations rapides n° 142, 7 juin 2012

Désendettement

La promesse

Lors du débat du 2 mai 2007, Nicolas Sarkozy s'engage : Si vous voulez, comme je le pense et comme moi, réduire la dette de la France, il faudra faire des économies. Et : S'il y a davantage de croissance, je prends l'engagement que tout ce qui sera au dessus de 2,5 % de croissance sera consacré au remboursement de la dette.

Source : Vie publique, transcription officielle du débat du 2 mai 2007

Ce qui s'est passé

La dette publique au sens de Maastricht passe de 1 211,6 milliards d'euros fin 2007 (64,2 % du PIB) à 1 833,8 milliards fin 2012 (90,2 % du PIB), soit 26 points de PIB de hausse sur le quinquennat. La crise financière de 2008-2009 explique une partie de cette hausse.

Source : INSEE, Tableaux de l'économie française, dette et déficit public

La République irréprochable et l'affaire des écoutes

La promesse

Dans son discours d'investiture du 14 janvier 2007, Nicolas Sarkozy déclare : Mais au delà de la droite et de la gauche, il y a la République qui doit être irréprochable parce qu'elle est le bien de tous. Je veux une démocratie irréprochable.

Source : Vie publique, déclaration du 14 janvier 2007

Ce qui s'est passé

Le 18 décembre 2024, la Cour de cassation rejette son pourvoi dans l'affaire des écoutes : sa condamnation pour corruption et trafic d'influence devient définitive, avec un an de prison ferme sous bracelet électronique et trois ans d'inéligibilité. Il est le premier ancien président de la République condamné à une peine de prison ferme.

Source : INA, l'affaire des écoutes expliquée

La République irréprochable et l'affaire Bygmalion

La promesse

Même engagement du 14 janvier 2007 : La démocratie irréprochable, ce n'est pas une démocratie où les nominations se décident en fonction des connivences et des amitiés, mais en fonction des compétences.

Source : Vie publique, déclaration du 14 janvier 2007

Ce qui s'est passé

Dans l'affaire Bygmalion, Nicolas Sarkozy est condamné en février 2024 par la cour d'appel de Paris à un an d'emprisonnement dont six mois ferme pour le financement illégal de sa campagne de 2012. La condamnation est devenue définitive le 26 novembre 2025 avec le rejet de son pourvoi en cassation.

Source : Franceinfo, mars 2026 (archive web.archive.org)

Un traité européen sans référendum, annonce suivie d'effet

La promesse

Lors du débat du 2 mai 2007, Nicolas Sarkozy annonce : Je débloquerai la situation en Europe en proposant un traité simplifié. À la question de Patrick Poivre d'Arvor, Un traité sans référendum ?, il répond : Bien sûr. Les Français ont dit non à 55 %. On ne va pas recommencer un référendum.

Source : Vie publique, transcription officielle du débat du 2 mai 2007

Ce qui s'est passé

Annonce suivie d'effet : après la loi constitutionnelle du 4 février 2008, la loi n° 2008-125 du 13 février 2008 autorise la ratification du traité de Lisbonne par la voie parlementaire, sans nouveau référendum, alors que le traité constitutionnel proche avait été rejeté par référendum le 29 mai 2005.

Source : Loi n° 2008-125 du 13 février 2008, sur Légifrance

Travailler plus pour gagner plus, promesse tenue

La promesse

Lors du débat du 2 mai 2007, Nicolas Sarkozy annonce : On va encourager les gens qui veulent travailler plus pour gagner plus. Toute entreprise qui donnera des heures supplémentaires ne paiera pas de charge dessus. Tout salarié qui fera, sur la base du volontariat, des heures supplémentaires ne paiera pas d'impôt dessus.

Source : Vie publique, transcription officielle du débat du 2 mai 2007

Ce qui s'est passé

Promesse tenue dès l'été 2007 : la loi TEPA du 21 août 2007 instaure l'exonération fiscale et l'allègement de cotisations sur les heures supplémentaires à compter du 1er octobre 2007. Le dispositif s'est appliqué pendant tout le quinquennat, sa suppression en août 2012 étant postérieure au mandat.

Source : Loi n° 2007-1223 du 21 août 2007 (TEPA), sur Légifrance

Analyse

Que faut-il en conclure ?

Tout ce qui précède est factuel : la promesse, l'acte, les sources. Ce qui suit est une analyse, et elle n'engage que l'auteur de la série.

Premier constat : les promesses tenues existent. La suppression de la redevance télé, la défiscalisation des heures supplémentaires, le non-cumul des mandats. À regarder de près, ce sont presque toujours des promesses indolores pour le pouvoir : des baisses d'impôts visibles, des dépenses, des mesures qui ne coûtent rien à l'exécutif.

Et même tenues, certaines promesses méritent qu'on suive l'argent et le pouvoir. La taxe d'habitation a bien été supprimée ; mais l'impôt local s'est déterritorialisé, la Cour des comptes relève la perception des élus locaux d'une perte de maîtrise de leurs ressources, et les bases de la taxe foncière ont été revalorisées de 7,1 % en 2023. La redevance télé a bien disparu ; l'audiovisuel public est désormais financé par une fraction de TVA arbitrée chaque année par l'État, un financement que les sociétés concernées jugent moins protecteur de leur indépendance, selon le Sénat. Le vase est communicant : ce que la promesse rend d'une main, le système le reprend souvent de l'autre, en concentrant un peu plus le pouvoir au centre.

Deuxième constat : sous trois présidents de trois couleurs politiques différentes, les promesses rompues ont une nature commune. La proportionnelle, les référendums, la reprise sans filtre des propositions citoyennes, l'exemplarité des ministres, l'association des citoyens aux grandes décisions : toutes les promesses qui impliquaient de partager le pouvoir ont été rompues. Aucune rupture, jamais, n'est allée dans l'autre sens : personne n'a rompu une promesse en donnant aux citoyens plus de pouvoir que prévu.

Troisième constat : certaines ruptures peuvent se défendre sur le fond. Rouvrir une centrale à charbon pendant une crise énergétique, renoncer à interdire un herbicide sans alternative, ajuster une trajectoire nucléaire : gouverner, c'est s'adapter au réel. Mais dans chacun de ces cas, l'ajustement s'est fait par décret, par 49.3 ou par renoncement en conférence de presse. Jamais en redemandant mandat. Aucun référendum national n'a été organisé en France depuis 2005. La promesse engage le candidat ; la rupture, elle, n'engage personne.

C'est cette asymétrie, plus que les mensonges eux-mêmes, que la série ABSTENTIONNISTE documente, livre après livre.

Florent Sommeyre

Cette mise en regard est la méthode même de la série ABSTENTIONNISTE. Découvrir les livres ou consulter toutes les sources de la série.

Les autres campagnes : 2022 (Emmanuel Macron) · 2017 (Emmanuel Macron) · 2012 (François Hollande).